Ces temps-ci je vais marcher plusieurs fois par semaine au même endroit, à la même heure. Et à chaque fois, démarrant quelques minutes après moi, deux messieurs d’un âge certain. L’un en habit de sport et l’autre en habit de ville, j’ai imaginé que c’était le fils et son père. Ils marchent à quelques encablures derrière moi, j’entends donc leurs conversations. En vrai ce n’est pas une conversation, seul le plus vieux, celui en habit de ville râle, râle, râle… sur tout… la société, les jeunes, les vieux, le monde qui va mal, la politique… il n’arrête pas, il a un débit incroyable teinté d’une sourde colère, son pas est saccadé et sa respiration courte. L’autre marche et écoute (ou pas, après tout je ne sais pas). En cours de route je me pose sur un banc face au fleuve pour un moment de méditation et ils me doublent. Le vieux monsieur chic râle toujours… L’autre marche toujours en silence… Je souris intérieurement à la vue de ce duo insolite. Je souris… et je juge un tantinet, si je suis totalement honnête avec moi-même.
Après ma méditation je reprends la balade et à chaque fois je les recroise, eux font demi-tour, là où moi je fais une boucle. Je les vois arriver de loin mais un silence les accompagne. Le vieux monsieur chic a arrêté de râler. Il marche en silence en regardant ses chaussures. Son pas est enroulé, sa respiration posée. Il a l’air bien. Comme si la première partie de sa balade servait à sortir sa bile et qu’ensuite, enfin, il pouvait goûter au calme du lieu parce que c’était plus calme en lui. Le contraste est à chaque fois saisissant.
Et puis je pense à moi quand j’arrive pour faire ma balade et à tout ce qui tourne dans ma tête dans ces premières minutes de marche, avant que la nature fasse son œuvre, quel vacarme ça ferait si je disais tout ce qui tourne à voix haute ! A me demander si je serai pas plus bruyante que le vieux monsieur chic… et si finalement moi aussi certains jours je me baladais pas aux côtés d’un vieux monsieur chic et râleur ? A part que moi dans ces moments là je suis loin de rester silencieuse à ses côtés, je surenchère, je pinaille, je contredis, j’essaie de le convaincre qu’il a tort ou de se calmer et de faire le vide… Et si je me taisais et laissais mon vieux monsieur chic et râleur sortir sa bile pendant que moi je marchais en silence et avec bienveillance à ses côtés, tout à l’instant, présente à mes pas et confiante dans le process… quand il aura fini de sortir sa rage ou ses tracas enfin il respirera à nouveau au rythme de la nature. Comme ce monsieur qui, chaque jour, accompagne le vieux monsieur chic et râleur, il est là, avec lui, à ses côtés, il ne dit rien, ni ne surenchère, ni ne critique, ni ne donne de conseils, ni ne lui demande de se taire. Il est là à ses côtés et laisse la vague passer. Parce qu’il sait qu’après le vieux monsieur chic et râleur redevient un vieux monsieur chic qui fait sa balade matinale d’un pas enroulé, en chaussures et pantalon de ville, les mains dans le dos. Probablement qu’en se quittant le vieux monsieur chic le remerciera de cette belle balade qui lui a fait tant de bien et que l’autre lui répondra « oh ben j’ai rien fait tu sais ». Et pourtant…
Et toi ça t’arrive de te balader avec le vieux monsieur chic et râleur ? Tu fais comment ? Tu le laisses vider son sac ? Tu lui donnes des conseils, essaies de le convraincre, le critique ? Dis-moi tu fais comment toi avec les vieux messieurs chics et raleurs ?
Délicieuse journée joli toi
Sylvie
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Je souris a ta question. Je crois que le monsieur chic et râleur attiserait un feu similaire au fond de moi. Drôle de miroir. Faudra creuser profond pour trouver une source d’amour a calmer ce feu. Merci joli toi et belle journée 🌻
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