Rejet et isolement scolaire – L’histoire de Marine

Elle entre capuche sur la tête, blouson fermé jusqu’en haut, les épaules recroquevillées. Ses parents la suivent, comme s’ils la poussaient dans la pièce. Elle répond à mon salut du bout des lèvres. Elle s’assoit son sac serré contre elle. Son regard fixe le sol. Surtout ne pas croiser mon regard, ne pas échanger avec moi. Ses parents s’exaspérent de son comportement et s’excuse pour elle.

– Tout va bien, j’aime les gens authentiques qui me font savoir clairement ce qu’ils ressentent, c’est tellement précieux !

Elle leur lance un regard de défi. Ses parents s’installent de chaque côté, d’elle.

Sa mère brise la glace.

– On vient vous voir parce qu’on ne sait plus quoi faire. C’est de pire en pire à l’école, oh pas sur ses notes, Marine est une excellente élève, non c’est avec ses camarades. C’est un enfer. Elle se fait rejeter en permanence, ils ne veulent pas jouer avec ou quand ils acceptent ils finissent toujours par ensuite la mettre à l’écart. Elle ne garde jamais une copine bien longtemps. C’est comme ça depuis toujours ! Dés la maternelle, même en ayant déménagé quand elle était en CE2, et quelque soit les âges et les copains de classe !

– Et comment expliquez-vous cela ?

Son père soupire, passe une main sur son visage fatigué.

– En vrai c’est moment ça aussi à la maison. Elle est envahissante. Avec tous et tout le temps. Il nous faut toujours lui dire STOP, lui dire de nous laisser tranquille, mais elle n’écoute pas

– N’importe quoi ! Hier j’ai arrêté quand tu me l’as dit !!!!!

– Tu n’as pas « arrêté », tu es partie en hurlant et tu as fait une crise dans ta chambre, une telle crise que j’ai dû monter pour t’aider à t’apaiser.

Je laisse le silence s’installer un instant.

Puis, doucement, je me tourne vers Jade.

– Et toi tu trouves que tu es envahissante ?

Elle hausse les épaules.

– Je sais pas. C’est juste que j’aime bien être avec les autres.

– Il t’arrive de vouloir être seule, tranquille ? Par exemple pour jouer, dessiner, lire….

– Hummmm

– Voyons Marine, lance sa mère, tu hésites à répondre ? Alors que tu ne restes jamais seule dans ta chambre ? Tu fais tout dans le salon.

– C’est pas vrai ! Dés fois je joue dans ma chambre !

– Seulement quand à part quand tu réussis à convaincre ton frère ou ta sœur à venir jouer avec toi… et ça finit toujours en dispute parce que tu veux tout diriger et qu’ils n’ont pas droit au chapitre, ils doivent juste répondre à tes exigences.

Elle hausse les épaules. Je pose sur elle un regard tendre et dis

– Ça doit être dur à vivre tout ces rejets !

Elle acquiesce d’un mouvement à peine perceptible, je vois son regard s’embuer et son corps se crisper à l’idée de montrer sa souffrance. Je ne le relève pas.

– Je voudrais comprendre pourquoi ton cerveau fonctionne ainsi dans cette recherche permanente de l’autre même au risque de se faire rejeter. Pour cela j’ai des questions à vous poser à tous les trois sur ton enfance. Es-tu ok ?

– Ouais allez-y

– Y a-t-il spontanément des choses qui vous semble important que je sache ?

Un silence, puis un échange de regards entre les parents.

– Il y a eu… son hospitalisation, finit par dire sa mère.Je perçois la crispation de Marine, son souffle qui s’accélère imperceptiblement.

– Tu veux bien qu’on en parle Marine ?

– Ouais, ouais

Sa mère inspire profondément. Sa voix tremble.

– Elle avait quelques mois à peine. Ça a été un tsunami ! Il a fallu intervenir vite. Ça a duré plusieurs semaines. Beaucoup d’examens, de soins. On la retenait pour lui faire des prises de sang, des perfusions. C’était horrible ! Elle était si petite !

Je hoche lentement la tête.

– Ils l’ont transféré au CHU, en chambre stérile, on habitait loin, on pouvait pas venir tous les jours, rajoute le père.

– Ça a dû être dur

– On sursautait à chaque fois que le téléphone sonnait

– On se réveillait en sursaut la nuit persuadé de l’avoir entendu pleurer

– Le pire c’est que quand on y allait elle nous rejetait, même une fois sorti de la chambre stérile. Elle souriait aux infirmières et détournait son regard à notre voix, on en a tellement souffert !

– Ouais ben c’est pas de ma faute quand même !

– En effet ce n’était pas de ta faute Marine, c’est la situation qui les a fait souffrir. D’ailleurs toi aussi tu as dû en souffrir.

– Ché pôle j’me souviens pas.

– Ton corps s’en souvient lui, tu portes en toi encore les souffrances de cette période et ton cerveau à dû s’adapter pour y survivre.

– Si vous le dites…Je laisse planer un silence, offrant à chacun un instant pour souffler. Puis, doucement, je me tourne vers Marine.

– Dis-moi, Marine, comment ça se passe pour toi quand tu dois faire une prise de sang, un vaccin ou un examen médical ?

Elle fronce les sourcils, surprise par la question.

– Bah… J’aime pas, comme tout le monde, non ?

Je vois ses parents échanger un regard. C’est son père qui prend la parole.

– Ce n’est pas juste que tu n’aimes pas. Tu paniques. Tu stresses des jours à l’avance. Deux fois sur trois on doit s’y mettre à 2 pour te tenir.

Elle se crispe.

– Normal, non ? C’est pas agréable !

Je hoche lentement la tête.

– C’est vrai, ce n’est jamais un moment agréable. Mais pour toi, c’est plus qu’un simple inconfort, n’est-ce pas ?

Elle ne répond pas, fixe un point invisible sur le sol.

-Ton cerveau de l’époque n’a pas compris ce qu’il se passait, que c’était pour ton bien, pour que tu vives, il a enregistré seulement l’intrusion, l’impuissance, Il a enregistré que les soins, les piqûres c’étaient des moments où on t’empêchait de bouger, où tu n’avais pas le choix. Il a appris que ton corps ne t’appartenait pas, que les autres pouvaient décider à ta place. Et ça… c’était terrifiant.

Un léger frisson traverse son corps. Je prends un des petites figurines en bois, que j’ai dans mon pot, la plus petite. Je l’ai allongée sur le bureau.

– Imagine que c’est à ce bébé que l’on fait les soins, on l’attache, le maintient pour ne pas qu’il bouge. (Je me saisis de figurines plus grandes et mime la scène. Je rajoute les figurines de ses parents en retrait.)

– Ses parents sont impuissants, ils ne peuvent rien faire. (J’utilise volontairement les mots précis de ses parents pour raconter l’histoire ) Ils n’ont pas le choix, les médecins non plus, ils doivent le sauver. Mais son cerveau, lui, il s’en fout ! Lui il est juste terrorisé et souffre horriblement.

Les trois sont plongés dans la scène que je mime, je les laisse revenir à nous et je reprends doucement :

— Tu vois aujourd’hui, cette souffrance tourne toujours dans ton cerveau et ton cerveau a créé des programmes pour t’en protéger. Tu as besoin de sentir que c’est toi qui contrôles, que c’est toi qui décides. Ça se voit quand tu veux toujours être avec les autres, quand tu cherches à tout organiser dans les jeux, mais aussi quand tu es très exigeante avec toi-même.

Son père intervient.

— Elle s’effondre quand elle rate un examen. Même une bonne note ne lui suffit pas, ça doit être excellent, point.

J’acquiesce.

— Parce que son cerveau a associé les examens scolaires et les examens médicaux. Donc un examen ça à quelque chose de vital. Rater un examen, c’est risquer de mourrir, même si aujourd’hui, ce n’est plus le cas.

Je laisse planer un silence, puis j’ajoute avec douceur :

— Tout ça, ce sont des programmes que ton cerveau a mis en place pour te protéger. À l’époque, ils étaiet nécessaires et vital pour la plupart. Aujourd’hui, ils ne sont plus adaptés, ils te limitent. Une partie de ton cerveau est toujours en état de stress, de survie, il n’a pas compris

Elle lève les yeux vers moi, pour la première fois vraiment présente.

— Et on peut l’aider à comprendre ?

Un léger sourire naît sur mon visage.

— Oh oui on va même faire mieux ! On va le reprogrammer ! Pour qu’enfin il se sente en sécurité. Et tu verras, petit à petit au fil des séances, tu pourras retrouver un espace à toi, un endroit où tu te sentiras bien, même sans devoir toujours être avec les autres.

Elle ne dit rien, mais son corps se détend légèrement. C’est un début.

Le travail peut commencer.

Les événements traumatiques de l’enfance, même inconscients, laissent des traces profondes dans la manière dont nous interagissons avec le monde. Si vous ressentez des difficultés similaires — rejet social, comportement excessivement dépendant ou, au contraire, replié sur lui-même — il est peut-être temps de s’offrir un espace pour traiter ses blessures et se libérer de ses chaînes.

Il est essentiel d’agir pour briser ce cercle de souffrance. Mon accompagnement où se mèle thérapie brève, coaching systémique et thérapie créative permet de traiter ces traumatismes et de libérer ses blessures émotionnelles.

N’hésitez pas à prendre rendez-vous pour une consultation. Chacun mérite de sortir de cette spirale, de se sentir accepté et aimé pour ce qu’il est et de renouer avec la confiance en soi.


Laisser un commentaire