C est l’histoire de biberons qui ne passent pas

Cette rencontre est peut-être, à ce jour, l’une des séances qui m’a le plus touchée… et appris.

Je reçois pour la première fois un tout petit bébé en consultation, quand je dis tout petit c’est tout petit, à peine 3 semaines. Il est accompagné de sa maman, que nous allons appeler Fabienne et qui est envoyée par sa belle-mère. Bébé est dans la poussette. Quand je me penche sur son berceau je découvre deux grands yeux ouverts, rond comme des billes, je le salue et il me répond d’un sourire qui m’attrape le cœur à l’instant même.

Nous nous installons autour de la table, je me tourne vers la maman et lui demande l’objet de sa visite. Elle me dit être épuisée, son bébé fait reflux, sur reflux, c’est la croix et la bannière pour le faire boire son lait et ça depuis toujours, déjà à la maternité c’était la galère. Elle a même arrêté de l’allaiter pensant que c’était là le problème mais c’est encore pire avec le biberon. « C’est pas qu’il semble pas être intéressé, il pleure, il a faim, mais dés que je lui présente le lait il s’agite, gesticule sa tête dans tous les sens, on dirait qu’il se débat… Et quand il finit par en boire un peu ça repart en reflux»Il fait cela avec tout le monde ?

-Oui on a vérifié aussi, j’avais peur que ce soit de ma faute alors on a fait avec le papa, la mamie, ma cousine…. J’ai même essayé dans différente pièce, avec une musique douce, en lui parlant, de lui donner de l’eau… rien n’y fait ! En plus le médecin trouve qu’il ne prend pas assez de poids et commence à s’inquiéter. Alors ma belle-mère m’a dit de venir vous voir mais bon je sais pas trop.

Je l’interroge sur les circonstances de l’accouchement, la grossesse, la conception (est-il prévu ? est-ce un bébé surprise ?…). Rien qui m’accroche. Pourtant il doit bien y avoir une raison pour que le cerveau de ce ptit bout d’chou refuse avec autant de véhémence ce biberon au risque de sa santé… Je continue mon enquête : « des évènements traumatisants dans les mois précédents a grosses ? pendant la grossesse ? Pour vous ? Pour votre époux ?… » Toujours rien « La mise au sein après l’accouchement ? » non rien. Bon.
Je me lève, m’approche du landau, Bébé gesticule joyeusement en me voyant et je commence à lui parler de ses reflux, du lait qui est important pour grandir, que je sais bien que c’est pas très agréable au départ que dés fois on se sent tout serré et empoté dans ce ptit corps mais que ça va aller mieux, que justement en buvant son lait il va pouvoir grandir… bref je babille sans trop réfléchir, je dis ce qui me vient, lui me regarde avec ses deux yeux perles et gesticule encore et encore, sa mère n’en revient pas et me dit « on dirait qu’il parle avec vous ! ». J’avoue que moi aussi j’hallucine un peu. Je continue et lui explique que j’aimerai bien comprendre pourquoi son cerveau refuse de boire, en quoi c’est dangereux pour lui de laisser un liquide rentrer… et là tout d’un coup je me tourne vers la maman et lui dit « dites, il n’y aurait pas quelqu’un qui s’est noyé dans votre entourage ? ». Je la vois blêmir. Je m’assois tout prêt d’elle, lui sers un verre, lui pose la main sur sa jambe. Et là elle me dit- Enfin c’est pas quelqu’un de ma famille et c’est surtout y a très longtemps vous savez

– Je vous écoute

– J’étais petite, je devais avoir 8/9 ans je me souviens plus. J’étais à la rivière avec mes parents et des amis à eux. On était plein d’enfants, on faisait souvent ça de tous se retrouver là. Ils avaient des amis qui habitaient une grande maison à côté, alors tous les potes se retrouvaient là bas avec leurs enfants. On y est plus jamais retourné après ce jour-là.

– Que s’est-il passé ?

– On jouait à sauter de l’arbre, dans l’eau, à tour de rôle. On chahutait comme des enfants et on a pas vu Gaël. Il a disparu. Comme ça. Sans qu’on le voit. Personne. Ni les enfants, ni les adultes qui étaient dans l’eau et nous surveillaient. Disparu. Tout d’un coup les adultes s’agitent, crient, plongent. Nous on est tous figé sur le bord de l’eau, on comprend rien, ou plutôt jusque qu’il y a un truc de grave. Les secours arrivent, nous on rentre avec 2 grands à la maison des amis du lac. Et on attend. Longtemps. Très longtemps. Puis les adultes rentrent. Enfin pas tous. Les parents de Gaël sont pas là. Personne ne parle. On mange en silence. Là y a la petite voix de Zoe, la petite du groupe qui dit « il est où Gaël ? », ma mère quitte la table en pleurant. J’entends qu’on lui répond, mais les voix sont loin, moi je vois que ma maman et j’entends que ses pleurs.
Le récit s’arrête. Je laisse Fabienne reprendre son souffle.

– Vous savez quoi ? Gaël s’est noyé, c’est les hommes grenouilles qui l’ont retrouvé plus bas. Il a bu la tasse et puis voilà.
Elle me regarde et me dit « Vous croyez que ça a quelque chose à voir ? C’était il y a si longtemps !»
Je lui explique le lien entre nous et nos enfants, le répercuté biologique qu’il peut y avoir quand nous avons des empreintes émotionnelles non résolues…le fonctionnement du cerveau, les programmes post-traumatique qu’il met en place en vue de nous maintenir en vie, ici le « boire ça fait mourir… ». Bébé dort dans sa poussette.
Nous démarrons le traitement avec les techniques de déprogrammation d’empreintes post-traumatiques en retraitant l’intégralité du souvenir de la première seconde où elle est figée sur le bord aux jours qui suivent, à la tristesse de sa mère « c’était le fils de sa meilleur amie, il avait le même âge que moi » en passant par le manque de la petite fille de plus avoir son copain de jeux, sa culpabilité de rien avoir vu, celle des adultes… libérant les sensations, les ressentis sur tous les canaux sensitifs « une odeur à cet insatant ? non. Un goûtdans la bouche, sur les lèvres ? Les lèvres sèches. Un bruit ? L’eau qu’on remue ! Elle remplie ma tête ! Et tous ces cris !!! » pour chaque intensité émotionnelle une technique. Et puis le deuil de ce ptit bonhomme, la petite fille qui lui lâche la main et le laisse partir. Lui si bien là. Lui qui sourit en regardant la petite file, en regardant la maman assise sur sa chaise dans mon cabinet. Nous terminons le travail puis je lui serre un verre d’eau. Je lui propose de bouger si elle en ressent le besoin, de se lever, ce qu’elle fait, elle s’étire puis se rassoit et me lance un :

– Et bien si j’avais imaginé ! Vous croyez que ça va changer quelque chose pour bébé (oui c’est ainsi qu’elle l’appelle)?- Je l’ignore, je vous propose d’observer dans les jours à venir et qu’on refasse un point par téléphone dans une semaine.- Ok on fait comme ça
Je me penche sur le berceau de bébé qui dort toujours profondément et lui susurre à l’oreille « c’est bon tout va bien maintenant, tu vas pouvoir boire du lait, devenir grand, courir et bouger, tu vas voir c’est chouette la vie ici »
Une semaine après je reçois un mms de la maman me donnant des nouvelles encourageantes, les temps de repas étaient plus sereins et elle avait observé que c’était encore mieux quand elle l’installait dans son nid d’ange et le prenait ensuite dans ses bras. Et pour les reflux qui restaient encore un peu, elle est allé voir l’homéopathe en lui expliquant la séance et il lui a prescrit un remède de fond à prendre elle. Bref ça suivait son court. Il était joint une photo de Bébé avec cette phrase « Maël va bien et vous embrasse »… je suis la seule à avoir beugué ou vous aussi ? Bébé, que Maman avait toujours appelé Bébé devant moi, s’appelait en fait Maël. Oui Maël. C’est juste Gaël avec un M (aime). J’avais sous les yeux toute l’histoire du traumatisme de la maman et de son deuil non fait, pas étonnant que jusqu’alors elle ne l’appelait jamais par son prénom. Le cerveau est incroyable.

Délicieuse journée jolis vous

Sylvie

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Précision : les cas ici contés sont simplement inspirés de plusieurs personnes, ce n’est jamais l’histoire unique d’une personne, secret professionnel et respect oblige 😁. Les situations, dates, noms, pathologies et lieux ont été modifiés

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