Première consultation pour une jeune fille de 11 ans et de ses parents. On est Mi-Juin. Le couple vient consulter parce que la relation avec leur fille s’est fortement dégradée ces dernières semaines. Tout est sujet à conflit. Tout le monde est à cran. La séance commence, je demande à la jeune fille, que nous appellerons Tiphaine, quelle est la raison de ce rendez-vous, elle hosse les épaules et me lance un « pfff j’sais pô, ils trouvent que je suis pénible alors surement qu’ils espèrent que vous me changiez ». Voilà. L’ambiance est posée. Je lui explique que je vais donner la parole à ses parents et lui demande d’être attentive pour que nous puissions ensuite échanger ensemble. Le père puis la mère exposent la raison de ce rendez-vous. Ils expriment leur impuissance mêlée d’exaspération face au comportement de leur fille qui s’oppose à tout et tout le temps, ne savent plus comment la prendre. Ils veulent retrouver leur fille. Tiphaine ponctue les propos de ses parents de hochements de tête, de « pfff » dédaigneux. Je lui demande de noter dans sa tête ce qu’elle ressent pour qu’elle puisse ensuite me le partager.C’est toujours un moment spécial quand nous démarrons des séances familiales. J’ai parfois l’impression d’être un équilibriste ou plutôt un jongleur de feu. Tout l’art est de passer du vidage de reproches à une communication bienveillante, basée sur ses besoins respectifs et finalement créer une vision commune vers où aller, se trouver, partager. Sentant l’ado à fleur de peau je lui propose un mandala à colorier pendant que j’échange avec ses parents.
Une révélation boulervante
Trop contente d’échapper un peu à la situation, elle accepte, se lève prendre le classeur que je lui ai indiqué, choisi son mandala (tiens, tiens, un mandala géométrique, une belle rosace dans une beau carré…besoin de structure, de sécurité, de se recentrer ? ), s’installe dos à nous pour bien marquer sa désaprobation et se met à le colorier en soufflant aux dire des ses parents. Elle bouillonne.Je demande aux parents depuis quand ont-ils « perdu leur fille »,
– Depuis quand la situation a-t-elle changée ?
– Avril-Mai…
– Que s’est-il passé ?- … (les parents se regardent en réfléchissant)
– Ben c’est facile ! Quand ils ont monté leur boîte ! lance Tiphaine qui n’avait pas loupé une miette de la conversation.
– Et que s’est-il passé selon toi ?
– Il s’est passé qu’il n’y a qu’eux 2 qui comptent depuis. J’existe plus. Y en a que pour eux et leur foutue boîte.
– Explique-moi
– Ben c’est simple ils sont à fond sur leur projet, ils n’ont plus le temps de rien, quand ils rentrent ils sont crevés et parlent de quoi je vous le demande ?
– De leur foutue boîte ?
– Excatement ! J’existe plus ! Alors oui je sais que c’est important, que c’est pour une période, que papi et mamie sont là pour moi et patati et patata mais je m’en fou moi c’est mes parents qui me manquent ! Ses parents la regardent les yeux écarquillés. Pas un mot ne sort de leur bouche. En même temps vu le débit et la puissance qui émane d’elle tout le monde sent bien que c’est pas le moment.
– C’est simple on dirait que je suis Choupi, c’est mon hamster, je suis dans une cage, j’ai 2 ou 3 jeux pour me distraire, à manger et à boire et voilà ! Ah si moi j’ai le droit d’aller au collège ! Wahou trop sympa ! Bref la vie de rêve de Tiphaine le hamster ! Et après ils se demandent ce qu’il se passe ! Elle reprend ses crayons sans même un regard pour ses parents et se remet à colorier.
Une profonde colère
– En effet ça m’a l’air bien compliqué à vivre tout ça ! Ça réveille en toi une belle colère, non ?
– Ben en même temps mets-toi à ma place !
– Sur une échelle de 1 à 10 tu dirais qu’elle est à combien ta colère ?
– 11 !
– Ok. De quoi as-tu besoin ?
– De retrouver mes parents quand on rentre le soir ! Qu’on se parle de nos journées, qu’on joue, on regarde des films. Il s’est passé qu’il n’y a qu’eux 2 qui comptent depuis. J’existe plus. Y en a que pour eux et leur foutue boîte.
– Explique-moi- Ben c’est simple ils sont à fond sur leur projet, ils n’ont plus le temps de rien,quand ils rentrent ils sont crevés et parlent de leur foutue boîte !
– Ils disent qu’ils ont perdu leur fille mais moi j’ai perdu mes parents ! Alors on fait comment maintenant ! Je me tourne vers les parents restaient jusque-là silencieux.
Un dialogue renoué
– Qu’en pensez-vous ?
Le papa se réajuste, éclaircit sa voix…
– Je ne sais pas quoi dire, je pensais que tu étais contente de passer tes soirées dans ta chambre à parler avec tes copines et que c’est toi qui voulait plus nous voir. Je ne savais pas que tu souffrais autant. Pourquoi ne nous as-tu rien dit ?
– Vous passez votre temps au travail et quand vous rentrez vous êtes fatigués et puis je sens bien que vous avez plein de truc à gérer, alors je me disais qu’il fallait pas que j’en rajoute.
– Oui mais bon ça t’empêchait pas de nous faire la vie ! lance la maman
– C’était plus fort que moi !
Son père prend la parole, un trémolo dans la voix
– Tiphaine je suis désolé de pas avoir compris que tu n’allais pas bien. Vraiment
– On croyait bien faire, rajoute la maman
– Vous avez fait de votre mieux et elle aussi.
Nous avons continué la séance ensemble, faisant le tour des besoins de chacun, de la nouvelle organisation qu’entrainait la création de cette boîte et nous avons posé des stratégies communes, pris des rdv jeux, partage et plateau télé, avons défini de nouvelles règles…
Vous aussi, rétablissez le dialogue familial
Les conflits familiaux peuvent sembler insurmontables, mais parfois, une séance suffit à recréer un lien, à apaiser les tensions et à ramener l’harmonie.
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